Logiciels multipistes

 


Ces dernières années, les logiciels multipistes (DAW ou STAN pour faire moderne...) sont pour la plupart devenus des environnements complexes qui rassemblent pratiquement toutes les fonctions et tous les outils nécessaires à une création sonore, traitements et instruments compris.

Malheureusement, il faut bien reconnaître que la stéréophonie représente encore pour beaucoup le seul format reconnu, et même si le développement des techniques "surround" au cinéma fait qu'ils intègrent presque tous des possibilités de mixage en "5.1", peu d'entre eux permettent en fait une gestion multicanale complète.
D'où la nécessité de prendre le temps de fouiller derrière les quelques représentants dominants pour découvrir que ce domaine est plus diversifié qu'il n'y paraît et qu'il s'y trouve quelques perles... (bon, j'arrête avec ce ton de journaliste de revue spécialisée !).
Il est bien-sûr toujours possible de contourner les limites des logiciels qui ne supportent que le format stéréo (Bitwig, Live, Studio One, Protools) pour la création multiphonique, mais la question se pose néanmoins : pourquoi utiliser des outils qui ne sont pas adaptés à cette tâche alors qu'il en existe qui le sont parfaitement ?

 

 

Les Modes Multiphoniques dans les logiciels multipistes

 

L'architecture interne des logiciels multipistes conditionne en grande partie les méthodes de travail, mais aussi les écritures spatiales possibles. Cela ne veut pas dire que l'on ne puisse réaliser des masses spatiales complexes avec, par exemple, un Protools non HD, mais simplement qu'il sera difficile ou fastidieux de le faire, et qu'il existe d'autres outils qui peuvent être plus adaptés à un travail particulier. Par exemple, il serait dommage de passer son temps à dessiner une à une des courbes de volume pour réaliser des profils cinétique alors qu'il existe des modules "surround" spécialisés dans cette tâche qui permettent de le faire interactivement avec l'écoute du son...

 

Les quatre modes

Les plus anciens logiciels multipistes (Cubase, Protools, Samplitude...) ont d'abord pris comme modèles les environnements matériels des studios, magnétophones multipistes et consoles. Dans le domaine multicanal, cela donnait : une piste = un son = un haut-parleur (mode 1).

Puis, profitant de la souplesse de l'ordinateur et de ses capacités grandissantes (vitesse de calculs, quantité de stockage), les possibilités de routage dans les consoles virtuelles se sont développées, permettant par exemple de multiplier le nombre des envois auxiliaires (mode 2). Comme par hasard, les acousmates qui faisaient, et font encore, de la projection d'œuvres stéréophoniques en concert utilisaient depuis longtemps ce même procédé pour "transformer" une console de mixage en "console de diffusion". Le procédé est puissant, mais peut être assez peu performant sans l'adjonction d'outils dédiés.

Enfin, depuis le début des années 2000, grâce au développement de la pentaphonie au cinéma, certains éditeurs de logiciels comme Samplitude ont commencé à intégrer les fameux "panoramiques surround", premiers objets officiellement consacrés au positionnement de sources sonores sur différents haut-parleurs (mode 3). Ceci d'ailleurs au point de faire croire que composer des espaces sonores est quelque chose de nouveau, et aussi de faire oublier que cinq, c'est peut-être bien, mais que les projections publiques se font depuis longtemps sur seize, vingt, trente ou plus voies de diffusion... et que ce n'est certainement pas pour rien ?

Finalement, quelques logiciels plus avancés ou basés sur des architectures différentes (connexions modulaires par exemple) proposent actuellement des environnements où tous les éléments - pistes, bus, effets, instruments, fichiers - peuvent être multiphoniques (mode 4). L'idéal quoi...

Mais en dehors de ce raccourci historique qui pourrait faire croire que chaque technique remplace la précédente, ces quatre "modes" correspondent également à quatre types d'écritures spatiales. S'il est vrai qu'il existe une compatibilité descendante - le mode 4 permet de travailler également dans les trois autres, le mode 3 peut travailler dans les modes 2 et 1 etc... -, chacun peut être parfaitement adapté à la réalisation d'une œuvre, ou d'une partie d'œuvre particulière (mais bon, je n'échangerais pas pour autant mon Reaper contre tous les Live de la Terre !).

 

1. Le mode Pistes (mono ou stéréo)

C'est le plus ancien, le plus simple et, sauf cas particulier, le moins intéressant, car il reproduit le schéma fixe et contraignant d'un multipiste matériel où une piste est affectée d'une manière fixe à une sortie.
Dans ce cas, pour qu'un évènement sonore soit projeté par plusieurs haut-parleurs, il faut le dupliquer sur autant de pistes que nécessaire et, si possible, pouvoir contrôler l'intensité de chacune.
La méthode est efficace pour la juxtaposition d'objets sonores possédant des
masses spatiales de faible aire (d'ordre 1 ou 2) et des organisations en espace cloisonné avant tout basées sur le montage. C'est par contre totalement inadapté à la superposition de masses spatiales différentes ou à la réalisation de profils de masses un peu complexes. En plus, à cause de la multiplication nécessaire des pistes ça fini par consommer beaucoup de ressources disque. 

 

2. Le mode Auxiliaires  

C'est par principe le mode le plus ouvert en projection directe, puisque le contenu de chaque piste (fichier audio ou instrument) peut être envoyé dynamiquement via des bus (ou groupes, ou auxiliaires) vers les sorties désirées. L'intensité de chaque envoi se contrôle le plus souvent directement par des courbes d'automation.
La limite quant au nombre de canaux accessibles est celle qu'impose le concepteur du logiciel (64 dans Sonar ou Logic Pro) et bien sûr le nombre de sorties audio physiques disponibles.
Mode précis et puissant, sa difficulté d'utilisation provient par contre de la manière de gérer les nombreux paramètres d'intensité.
Alternatives indispensables à la souris, les surfaces de contrôles ont le mérite d'autoriser le contrôle de plusieurs envois simultanément, mais sont finalement assez peu adaptées à ce travail, et il faut généralement en passer par des solutions MIDI externes plus originales.
En ce qui concerne les traitements multiphoniques, il vaut mieux ne pas y penser, car les logiciels qui sont limités au mode auxiliaire ne supportent pas les plugins multicanaux et peu sont capables d'utiliser des plugins stéréo en parallèle.
(logiciels concernés : Audition, Bitwig Studio, FL Studio, Harisson Mixbus, Ableton Live, Protools, Studio Live, Tracktion, Wavelab...)

 

3. Le mode "surround" 

Avec ses objets dédiés ("panoramiques" surround) qui envoient dynamiquement le contenu de chaque piste vers les sorties assignées, ce mode semble le plus adapté au contrôle des masses spatiales.
En effet, s'il est comparable au mode auxiliaire précédent par le fait qu'il est possible d'envoyer le contenu d'une seule piste (mono ou stéréo généralement) vers N sorties, l'avantage est qu'ici un seul geste (souris, joystick ou deux contrôleurs MIDI) et deux ou quatre courbes d'automation sont suffisants pour contrôler la "position" du signal, c'est à dire à la fois le site, l'aire et la densité de la masse spatiale. Par contre, contrairement au mode auxiliaires, ces trois attributs sont généralement liés, et leurs variations souvent limitées par la conception logicielle.
Le nombre de canaux gérable dépend du choix de l'éditeur, et est le plus souvent limité au nombre proposé par les standards "surround" courants, généralement de 5 à 7 (le canal de grave n'est pas compris dans les objets), quelques-fois jusqu'à 12 (Sequoia).
Le problème est que ces objets canalisent et souvent limitent les actions spatiales possibles à des déplacements sur quelques enceintes disposées à peu près sur un cercle et qu'il est difficile de travailler avec des sources et des traitements multiphoniques. (logiciels concernés : Samplitude, Saw Studio, Sequoia, Sonar, Vegas,...)

 

4. Le mode multicanal 

Enfin, lorsque toute l'architecture du logiciel est basée sur des bus multicanaux, il devient possible d'intégrer directement des traitements multicanaux, et surtout, de travailler avec des fichiers multicanaux entrelacés, issus de captures microphoniques ou de traitements réalisés dans d'autres logiciels / systèmes.
C'est de loin la technique la plus puissante et la plus souple car elle permet le montage et les traitements multiphoniques avec la même efficacité que jadis en stéréophonie, et, en plus, elle est généralement compatible avec les modes précédents. Le nombre de canaux possibles est hélas souvent limité au nombre géré par leur module "surround", mais peut atteindre 64 néanmoins chez Reaper ou même 384 chez Pyramix !
(logiciels concernés : Ardour, Cubase, Digital Performer, Nuendo, Podium, Protools HD, Pyramix, Reaper)

 

 

Formats 12 canaux et plus

avec fichiers multicanaux

 

Reaper

La version 3 avait apporté le support des fichiers multicanaux. La version 4 a intégré un module surround pouvant gérer jusqu'à 64 canaux, et la version 5, entre autres choses, l'automation pour les effets placés sur les objets et les sous-projets : ça évolue plutôt bien ;-)
Il dispose donc de bus de pistes autorisant l'insertion de fichiers et de plugins possédant jusqu'à 64 canaux, d'un système de routage par matrice extrêmement flexible et simple, aussi bien pour les pistes que pour les connexions entre plugins (excellent !), et d'une interface qui reste sobre et efficace tout en possédant un très haut niveau de personnalisation.
L'ensemble de ses fonctionnalités d'édition le place parmi les applications les plus puissantes, et des "petits" plus comme les effets par objet (multicanaux bien-sûr), le large choix d'algorithmes de timestretching, un système de macros sophistiqué, la possibilité d'écrire ses propre plugins (et j'en passe) sont déjà assez exceptionnels. Si on ajoute le mode "Free positionning" (position libre des éléments à l'intérieure des pistes) et les sous-projets (insertion de projets comme des objets) on a là un outil qui se rapproche de l'idéal en termes de puissance et de souplesse.
Le module surround (ReaSurround) quant à lui est plus ambigü : position libre des enceintes dans les trois dimensions, réglages de diffusion pour chaque entrée (y compris la forme et la direction), possibilité de grouper librement les sources pour les déplacer ensemble selon de multiples types de mouvements, etc. tout celà jusqu'à 64 canaux fait que seul celui de Pyramix fait mieux, et depuis peu. Mais il y a aussi quelques points noirs : une ergonomie moyenne et un affichage qui mériterait d'être retravaillé, et, plus gênant, la méthode qui a été choisie pour le calcul des amplitudes, si elle n'est pas inintéressante, peut poser d'énormes problèmes dans la pratique, tant pour effectuer les réglages que pour obtenir des automations convenables.
Sinon, la possibilité d'utiliser Reaper en "version d'essai" sans limitation technique de durée et de fonctionnalités, si elle n'en fait pas bien sûr un freeware, permet une utilisation ponctuelles dans un cadre pédagogique sans investissement financier, ce qui peut être d'un grand service pour certains enseignants.
+ support des fichiers et plugins jusqu'à 64 canaux, routage des canaux (matrices de connexions), plugin "Surround" intégré totalement configurable, plugins MIDI, édition MIDI correcte, Rearoute, Reastream, effets et automations sur les objets, mode "position libre", "projets-objets", extensions, effets JS programmables, montage et effets vidéo, mises à jour très fréquentes et importantes, multiplateforme, stabilité, très bon fonctionnement sous Linux avec Wine, le PRIX !
- pas d'édition destructive intégrée, interface graphique perfectible
[jusqu'à 64 canaux / Cockos, 50 euros, ou 180 pour utilisation commerciale, WIN OSX (LIN)]

 

Pyramix

Si Pyramix a toujours très bien géré le surround, c'était jusqu'à maintenant comme presque tous les autres multipistes en suivant la norme cinéma du 5.1 et du 7.1. Avec la version 10 il saute un très grand pas, car non seulement il est maintenant adapté aux nouveaux formats multicanaux du cinéma comme l'Auro-3D, mais également le NHK 22.2 et le Dolby Atmos (et là, au contraire de Protools, pas besoin de combiner un 7.1 et une stéréo pour obtenir un 9.1 !). Qui plus est, s'il dispose de ces formats en préselections fixes, inculant d'ailleurs un curieux "Totale" sur 30.2 canaux, il permet aussi dans un autre mode de placer arbitrairement autant de points de projection dans les trois dimensions qu'on le désire (ou pratiquement, la limite semble être 384 canaux avec le MasseCore Extended).
D'accord, contrairement à ce qui a été annoncé, il n'est pas le premier à la faire puisque
Reaper le permet depuis plusieurs années, mais il le fait avec une efficacité, un professionalisme et une simplicité qui, je l'espère, va devenir un modèle pour beaucoup d'autres.
Attention, ce panner 3D n'est disponible que sur les versions avec hardware... dommage.
Pour le reste, il manque évidemment quelques-une des fonctions que l'on ne trouve que dans Reaper (notamment l'automation des plugins multicanaux placés sur les objets) et qui font que, même avec ce panner extraordinaire, la composition multiphonique est encore un peu en decà.
+ module surround 3D extrêmement complet
- prix, pas de version pour OS X
[
jusqu'à 128/384 canaux / version MassCore prix ?, WIN]  

 

Ardour

Il est encore un peu tôt pour parler de la version 4, mais elle apporte certaines choses importantes qui manquaient jusqu'alors, tel un "vrai" panoramique surround graphique et bien sûr le MIDI.
Ses grands mérites restent la pseudo-gratuité et le fait qu'il tourne sous Linux. Après, j'espère que cette version apportera un peu plus de souplesse dans l'édition ainsi qu'une meilleure compatibilité avec les plugins sous OS X et Windows.
+ support des fichiers multicanaux, presque gratuit !
- pas d'édition destructive des fichiers audio, nécessité de compiler la version soi même pour pouvoir utiliser les VST sur Linux, ergonomie ?...
[jusqu'à 100 canaux / donnation ou abonnement, LIN OSX WIN]

 

Nuendo

La limite des bus de la version 6 est passée de 12 à 14 canaux avec le support des dispositions "Auro-3D". La section d'édition destructive accepte et traite par contre les fichiers possédant plus de canaux.
Pour les gourmands qui ont besoin de plus de 14 canaux pour "s'exprimer", il est possible de combiner différentes configurations de haut-parleurs (mode "multi-surround" avec des plugins appropriés) et d'affecter librement les bus aux sorties audio. C'est loin de valoir la simplicité et l'efficacité de Reaper ou Podium, mais il est ainsi quand même possible de travailler dans des formats supérieurs à ce nombre de canaux. Sinon, eh bien... il est très cher.
+ support des fichiers et plugins jusqu'à 14 canaux, plugins VST-MIDI, bonne édition destructive, traitement possible de fichiers possédant plus de douze canaux, mode mutil-surround possible
- prix !, automation des instruments séparée, bus limités à 14 canaux...
[jusqu'à 14 canaux (fichiers et plugins) / Steinberg, 1800 euros, WIN OSX]

 

Podium

Podium a été lontemps la seule application multipiste capable de gérer efficacement les fichiers et les plugins jusqu'à 32 canaux. Depuis que Reaper le fait également, les quelques manques dans ses fonctionnalités et certaines incohérences, ou tout du moins une logique parfois un peu tortueuse, relèguent Podium au second plan. Les choix du dévelopeur de privilégier l'apparence plutôt que les fonctionnalités font qu'il a également pris pas mal de retard sur des fonctions essentielles et son développement semble figé.
Néanmoins sa stabilité, sa conception de "mappings", la simple mais efficace section d'édition destructive des fichiers multicanaux, les deux petits plugins (un égaliseur paramétrique et un pitch-shifter) pouvant gérer jusqu'à 32 canaux, les objets courbes d'automation ou la qualité de sa conception graphique en font une application toujours précieuse pour celui qui a la patience de contourner ses quelques coins sombres...
+ support des fichiers et plugins jusqu'à 32 canaux, structure des pistes hiérarchique souple, stabilité, multiples arrangements, édition destructive par canal sur les fichiers multicanaux, interface claire, prix
- pas de synchronisation automatique de l'automation avec les séquences audio et MIDI, fonctions d'édition destructive à améliorer, raccourcis claviers non personalisables, pas de synchro ou d'affichage vidéo, pas d'aimantation des objets, pas de timestretching, développement gelé
[jusqu'à 32 canaux (fichiers et plugins) / Zynewave, 45 euros, WIN]

 

Digital Performer

C'est un logiciel très complet, et son mode surround 10.2 voisin de celui de Nuendo permet de réaliser de nombreux types de contrôle de masses spatiales, bien qu'il manque certains modes importants pour que le contrôle des entrées stéréo soit complet. 
Comme chez Steinberg, la fonction "Audio Bundles" permet de répartir différents formats surround utilisables simultanément sur les sorties de la carte son, ce qui permet ainsi de les utiliser sur plus de 10 sorties (mode multi-surround).
Depuis la version 6 il supporte les fichiers multicanaux entrelacés. L'interface et le fonctionnement se sont améliorés, ce qui en fait un logiciel très recommandable, finalement plus performant que Logic Pro (en terme multiphonique) et beaucoup moins cher que Nuendo.
+ bon module surround 10.2 canaux avec fichiers multicanaux, plugins multicanaux intégrés, mode mutil-surround possible
- pas d'édition destructive, interface un peu confuse, limite à 12 canaux, stabilité ?
[jusqu'à 10+2 canaux / MOTU, 550 euros, OSX WIN]

 

 

attention : fichiers stéréo uniquement !

Sequoia

C'est le seul logiciel avec Reaper, Pyramix et Samplitude qui permet de disposer librement les haut-parleurs virtuels, ce qui est indispensable si l'on souhaite aborder d'autres dispositions que celles proposées par les formats surround domestiques. Sequoia gère 10.2 canaux en mode surround (mais hélas pas 12.0), avec des fonctions avancées pour la symétrie gauche/droite des entrées et un mode gain qui permet simplement de contrôler l'intensité des sorties, ce qui en fait actuellement le meilleur module intégré.
Les paramètres des plugins sont enfin automatisables en MIDI, et l'utilisation des instruments VSTi et le MIDI sont corrects. Il dispose en standard d'un nombre de plugins multicanaux de qualité mais qui ne peuvent pas être placés sur les pistes audio.
Il lui manque donc toujours la gestion des fichiers multicanaux et des plugins multicanaux sur les pistes et de la possibilité de les automatiser, ainsi que la possibilité de cumuler des bus différents pour espérer entrer en concurrence avec Nuendo. En fait, tous les logiciels cités précédemment sont beaucoup plus performants pour le multicanal...
+ bon module surround 10.2 canaux avec possibilité de placement libre des enceintes, plugins par objets (mais stéréo...), authoring DVD-Audio
- pas de support des fichiers multicanaux, plugins multicanaux pas sur les pistes, édition destructive très complète MAIS en stéréo uniquement, stabilité, PRIX !!
[jusqu'à 12 canaux / Magix, 2800 euros, WIN]

 

Tracktion

De prime abord il semble bien peu adapté à la multiphonie : pas de bus multicanal, pas de mixage surround, pas même d'enregistrement direct de plusieurs fichiers mono ou stéréo !
Mais voilà, il dispose d'un outil que Steinberg et d'autres devraient bien copier : les "Racks Filters". Il s'agit de conteneurs d'effets qui peuvent être librement configurés, tant en ce qui concerne les plugins que l'on peut y placer que du nombre de leurs entrées / sorties et du routage interne. En fait, on obtient presque une architecture modulaire à distribuer ensuite entre les pistes, qui elles, restent stéréo.
L'ensemble des AcousModules peut donc y être intégrés sans problème, ce qui lui ouvre des possibilités tout à fait honnêtes une fois passée une étape de configuration qui peut être un peu longue si on utilise beaucoup de pistes sur de nombreux canaux, qui peuvent aller tout de même jusqu'à 48 ! (c'est la limite du nombre des entrées / sorties des "racks").
Sinon, c'est un des logiciels qui dispose de l'ergonomie la plus remarquable : de quoi rendre définitivement allergique à toutes les grosses usines à gaz que l'on connait par ailleurs... Ce qui fait que sur OS X, il représente une alternative extrêmement intéressante à Digital Performer si on n'a pas besoin de travailler avec des fichiers multicanaux.
+ support des plugins jusqu'à 48 canaux grâce aux "rack filters", plugins VST-MIDI, simplicité et efficacité de l'interface, prix
- pas de support des fichiers multicanaux, pas d'enregistrement direct du mix multicanal
[jusqu'à 48 canaux, 60 euros, WIN OSX LIN]

 

EnergyXT

On pourra, avec raison, être surpris de voir cette petite application dans cette sélection et à cette position ! C'est en effet un hôte modulaire, comparable à Audiomulch ou Console (voir la page sur les logiciels modulaires) mais qui dispose d'un module séquenceur MIDI + audio intégré, simple mais tout à fait fonctionnel. Ceci associé à la souplesse exemplaire de la gestion des entrées / sorties des modules, le propulse en tête de liste des logiciels multipistes.
Comme il peut utiliser l'ensemble des
AcousModules, il se trouve même du coup dépasser Nuendo pour certaines applications nécessitant plus de douze canaux, et si on ajoute qu'il peut fonctionner également lui même en tant que plugin multicanal dans les autres hôtes VST (y compris Podium ou Nuendo !) on commence à se rendre compte du potentiel de sa conception.
Bon, il reste encore du chemin à parcourir au séquenceur pour rivaliser vraiment avec les maîtres du genre, mais la version 2 a fait quelques progrès, et surtout elle est également disponible sur Linux et OS X :-). Hélas, il n'y a toujours pas de support des fichiers multicanaux et elle est toujours assez buggée et incomplète.
+ structure modulaire, plugins jusqu'à 32 canaux, fonctionne aussi en tant que plugin, plugins VST-MIDI, fonctionne sur trois OS, PRIX 
- pas de support des fichiers multicanaux, séquenceur audio et MIDI peu adapté, export multicanal peu pratique, stabilité
[jusqu'à 32 canaux / 39 euros, WIN OSX LIN]

 

 

Formats  "surround" 5.1 ou 7.1

avec fichiers multicanaux

Cubase

Nuendo et Cubase partagent en partie la même interface avec un fonctionnement identique, mais le second est limité en mode multicanal à 6 canaux.
Il dispose néanmoins d'une structure de bus multicanal complète qui lui permet d'assurer toutes les étapes de montage, mixage et de traitements en multicanal. En celà, grâce à un module surround moins limité que celui de Logic Pro et un prix nettement plus abordable que Protools TDM, il représente peut-être le multipiste le plus complet à la composition en 5.1 (Reaper ne dispose pas de module surround intégré).
En plus, grâce à la possibilité de combiner différentes configurations de haut-parleurs (mode "multi-surround", voir la section
tutoriels des AcousModules), d'affecter librement les bus aux sorties audio, il est possible moyennant une certaine gymnastique de s'affranchir de le limite es six sorties.

+ support des fichiers et plugins 6 canaux, plugins VST-MIDI, puissance des outils de composition, traitement possible de fichiers possédant plus de six canaux
- prix, interface rapidement confuse, automation des instruments séparée
[jusqu'à 6 canaux (fichiers et plugins) / Steinberg, 600 euros, WIN OSX]

 

Protools HD 

Protools HD est tout à fait bien en 5.1, mais on ne pourra pas hélas lui faire dépasser les 7 ou 8 canaux en mode surround. Il est le standard de fait pour les studios de production musicale et de post-production cinéma, et certainement encore le plus employé dans les studios d'électroacoustique.
Concernant le multicanal, la limite des pistes et des bus à 8 canaux, le panoramique intégré limité au 7.1 et le format de plugins propriétaire en fait une application peu intéressante pour la composition multiphonique comparé à
Nuendo ou évidemment Reaper et maintenant Pyramix. Et même pour le mixage cinéma, il est symptomatique qu'il doive combiner deux bus, un 7.1 + un stéréo, pour obtenir un bed Atmos 9.1 !
En tant qu'outil de composition, il a tout de même bien progressé depuis la version 10, et il supporte maintenant à peu près tout ce qu'on trouve chez les autres, comme le volume d'objet, le rendu non temps réel ou le gèl de pistes. Il lui manque tout de même encore les effets d'objets...

+ omniprésence, bonne gestion du surround jusqu'au 7.1
- prix, limite à 8 canaux en multicanal, format de plugins propriétaire, pas de personnalisation des commandes clavier
[à partir de ? euros, WIN OSX]

 

Logic Pro

Depuis la version 8 Logic est entré dans la cour des applications qui supportent intégralement le multicanal : fichiers, plugins et bus. Sur ce plan, la version 9 n'apporte rien de plus pour nous.
Les pistes peuvent être configurées en mono / stéréo / surround (le format du master), classique. Le surround pan s'est un peu amélioré ici puisqu'il permet enfin de contrôler les deux canaux d'un fichiert stéréo, mais hélas uniquement en mode symétrie X ou en déplacement parallèle (grâce à un troisième point). Pas de symétrie Y ou XY, et surtout pas de position indépendante : comme dans Sonar, il y a encore pas mal de mouvements et d'images stéréo qui sont impossibles à réaliser, dommage.
Sur les fichiers multicanaux, seule une balance globale est possible à la manière de Soundtrack Pro. C'est mieux que rien.
En ce qui concerne les plugins, seuls ceux qui correspondent au format du projet peuvent être insérés. Décidément pas très souple... Il est par contre possible d'utiliser des plugins mono/stéréo sur des bus multicanaux : ils sont automatiquement dupliqués pour obtenir le nombre de canaux voulu (cf Sonar).
Mais la cerise sur le gâteau, et qui va faire certainement beaucoup de tord à MOTU et à Steinberg, c'est le prix extrêmement agressif compte tenu de l'offre logicielle proposée en plus de Logic lui-même ! Par contre, contrairement à Nuendo, Digital Performer ou Protools TDM, il n'est pas possible de configurer plusieurs masters surround dans un même projet ("multi-surround"), et donc rend très difficile le travail sur plus de sept canaux (puisqu'il ne dispose pas non plus d'un mode 8.0). De ce côté là, ces derniers disposent donc encore d'une bonne avance.
+ support des fichiers et plugins 8 canaux, prix
- module surround en coordonnées polaire uniquement, compatibilité avec les plugins variable, limité à huit canaux en mode multicanal
[jusqu'à 8 canaux / Apple, 180 euros, OSX]

 

Audition

Adobe a fini par implémenter le mixage surround et le support des fichiers multicanaux dans Audition. Pour l'instant, le mixage est limité au 5.1, et si on peut poser sur les pistes des fichiers qui possèdent jusqu'à 32 canaux, seuls les deux premiers sont lus...
Par contre, dans la partie édition de fichiers, les traitements jusqu'à 32 canaux sont possibles. Il est à noter qu'Adobe utilise une nomenclature des canaux qui suit en partie le format 17.1 de Microsoft, et semble en inventer une nouvelle pour les canaux suivants, qui ne semblent pas correspondre au 22.2 de la NHK.
La compatibilité avec les plugins est correcte, même si la contrainte pour les plugins qui ne sont pas en VST3 ou en AudioUnit de posséder exactement le même nombre de canaux d'entrées et de sorties que le fichier est assez restrictive. Quant au panoramique surround intégré, il fonctionne hélas uniquement en coordonnées polaires, mais il est tout de même assez bien conçu.
Pour conclure, la partie édition de fichiers, sans être aussi souple que dans SoundForge, est intéressante, et il faudra attendre la version suivante pour savoir si les pistes ouverte aboutissent sur quelque chose qui pourrait concurrencer un peu Reaper...
+ édition des fichiers jusqu'à 32 multicanaux
- limite des bus au 5.1, module surround en coordonnées polaires
[5.1 canaux ou plus en mode auxiliaires / Adobe, 300 euros, WIN OSX]

 

 

fichiers stéréo uniquement

Samplitude

C'est le seul logiciel avec Reaper et Sequoia qui permet de disposer librement les haut-parleurs virtuels, ce qui est intéressant mais pas déterminant lorsqu'on ne dispose de toute façon que de cinq canaux... Le module "surround" possède des fonctions avancées pour la symétrie gauche/droite des entrées stéréo, et un mode gain qui permet simplement de contrôler l'intensité des sorties, ce qui en fait actuellement les meilleurs modules intégrés.
Les paramètres des plugins sont enfin automatisables en MIDI, l'utilisation des instruments VSTi et le MIDI sont corrects mais ne sont pas le point fort... Il possède de bons effets multicanaux, dont une réverbération par convolution. Mais ça ne suffit pas à concurrencer Cubase SX car il ne permet toujours pas de lire des fichiers multicanaux ni d'utiliser des plugins multicanaux sur les pistes. De version en version il continue de décevoir, alors qu'il possèdait pourtant une base très prometteuse lorsqu'il a été un des premiers à disposer de "panoramiques surround".
Reste que l'authoring DVD-Audio direct peut être un plus (petit) pour la diffusion de pièces en six canaux.
A noter que Magix Music Maker 2008 dispose pratiquement des mêmes fonctions surround que Samplitude (et des mêmes limites...) pour 90 euros seulement...
+ bon module surround 5.1 avec possibilité de placement libre des enceintes, authoring DVD-Audio, plugins par objets (stéréo)
- pas de support des fichiers multicanaux, plugins multicanaux pas sur les pistes, automation perfectible, édition destructive complète mais stéréo uniquement, prix
[5.1 canaux / Magix, 900 euros (ou MMM à 90 euros) WIN]

 

Sonar

Mixage en 8.1 (module en coordonnées polaires, triple hélas), simulation astucieuse et efficace de plugins multicanaux comme dans Protools TDM ou Pyramix (SurroundBridge), voilà qui complétait plutôt bien un mode auxiliaires déjà fort correct dans la version 8.
Par contre, cette version X1 (DAW 2.0 qu'ils disent !) reste aussi bêtement ratée pour la multiphonie, car si elle peut importer les fichiers multicanaux entrelacés elle doit toujours les convertir en fichiers mono pour les placer sur ses pistes (mono), et il ne permet toujours pas l'utilisation de plugins multicanaux. Dommage...
+ fonctions de composition standard, possibilité d'utiliser des plugins stéréo sur un bus surround, compatible multitouch 
- module surround limité, pas de support des fichiers et des plugins multicanaux, interface lourde
[jusqu'à 8 canaux ou plus en mode auxiliaires / Cakewalk, 580 euros, WIN]

 

Acid Pro

Acid Pro est un logiciel multipiste très complet avec l'édition des séquences MIDI en place et les instruments VST.
Le module surround est le même que celui de Vegas, et il ne permet pas non plus l'insertion de plugins ni de fichiers multicanaux.
En fait, depuis la sortie de Reaper, les deux logiciels de Sony on perdu beaucoup de leur intérêt...
+ clarté, souplesse et efficacité de l'interface, instruments et pistes MIDI pour Acid
- pas de support des fichiers et des plugins multicanaux
[5.1 / Sony, 450 euros env., WIN]

 

Saw Studio 

C'est certainement un logiciel de qualité, il est réputé pour être rapide et stable, mais son interface est pour le moins déconcertante... La version Lite à 250 € (limitée à 24 pistes / 16 sorties) est malgré tout intéressante car c'est la seule solution à ce prix qui propose une "vraie" octophonie en standard. Mais bon, on fait tellement mieux avec Podium et les AcousModules pour 90 €... (je sais, on pourrait dire ça pour tous les logiciels !).
+ module 8.1
- prix, interface, pas de support des fichiers et des plugins multicanaux, MIDI en option
[8.1 / 250, 1000, 2200 euros selon la version, WIN]    

 

n-Track Studio

Bon, passons tout de suite sur son interface qui est visuellement une des plus horribles que j'ai rencontré (suivie de près par celle de SawStudio !), et d'une ergonomie discutable, pour passer aux fonctionnalités. Il intègre depuis la version 4.1 un module "surround" configurable en 5.1, 6.1 et 7.1, et surtout, permet d'utiliser des plugins multicanaux sur ses pistes Group. Détail remarquable : les sept entrées peuvent être librement positionnées sur les sept haut-parleurs (qui eux sont fixes hélas), fonction unique dans tous les modules surround intégrés.
L'ensemble manque encore de maturité (pas d'automation des modules surround ou des plugins multicanaux possible pour l'instant), et les pistes ne peuvent pas recevoir de fichiers multicanaux, mais l'ensemble des fonctions de composition qu'il propose sont dignes de logiciels coûtant dix ou vingt fois plus cher, alors...
Bon point, l'exportation peut se faire sous la forme de multiples fichiers mono ou d'un fichier wav multicanal.
+ prix, insertion de plugins multicanaux possible (mais sans automation)
- interface, pas d'automation du module surround, pas de support des fichiers multicanaux, stabilité ! 
[jusqu'à 7.1 / 45 ou 70 euros, WIN OSX]