Les Instruments 

 

Rappelons le quand-même : les premiers échantillonneurs sont apparus à la fin des années 70 avec des modèles mythiques comme l'Emulator, le Synclavier ou le Fairlight, systèmes numériques conçus sur une base informatique mais habillés en instruments de musique. Leur particularité : enregistrer des (courts) fragments sonores sous une forme numérique et les rejouer avec contrôle gestuel et avec modifications, notamment la transposition. Ce sont à cette époque quasiment les seuls systèmes capables de gérer du son numérique en temps réel, et avec leurs sorties séparées ils ont rapidement été le meilleur (et quasiment le seul !) moyen pour "jouer de l'espace", même lorsque les logiciels multipistes du type Protools se sont développés dans les années 90.

Que peuvent apporter les instruments, matériels ou logiciels, à côté des solutions de montage-mixage direct-to-disc ?
Le besoin de jouer du son fixé, de façonner le son dans son ensemble, de lier tous les critères sonores, espace compris, par une coordination entre le geste et l'écoute, avec les dispositifs "électroniques" comme avec les corps sonores.
Je cite ici deux passages tirés de "
A la recherche d'une Musique Concrète" (éd. du Seuil) écrit par Pierre Schaeffer en 1949 (le "Phonogène universel" de Jacques Poullin ou plus tard le "Mellotron", tous deux basés sur l'utilisation de la bande magnétique analogique, peuvent être considérés comme des précurseurs de l'échantillonneur) :

« 22 avril. La première joie passée, je médite. Me voilà assez en peine avec mes tourne-disques, à raison d'une note par tourne-disque. Dans une anticipation cinématographique, à la manière de Hollywood, je me vois entouré de douze douzaines de tourne-disques, chacun à une note. Ce serait enfin, comme diraient les mathématiciens, l'instrument de musique le plus général qui soit. Est-ce une autre impasse, ou suis-je possesseur d'une solution dont je ne fais que deviner l'importance ?
23 avril. Je raisonne cette fois dans l'abstrait : la science et l'hypothèse... Soit un orgue dont les touches correspondraient chacune à un tourne-disque dont on garnirait à volonté le plateau de disques appropriés; supposons que le clavier de cet orgue mette en action les picks-up simultanément ou successivement, à l'instant et pour la durée que l'on veut, grâce à un commutateur-mélangeur à "n" directions : on obtient, théoriquement, un instrument gigogne capable non seulement de remplacer tous les instruments existants, mais tout instrument concevable, musical ou non, dont les notes correspondent ou non à des hauteurs données dans la tessiture. Cet instrument est pour le moment une vue de l’esprit, mais il est réalisable jusqu’à un certain point. En tout cas, faute d’une réalisation prochaine, pratique et économique, il peut servir, en tant qu’hypothèse de travail, à l’échafaudage d’une théorie. »

 

Aujourd'hui, quelques instruments logiciels intègrent des modules de type "surround" et permettent ainsi un contrôle simple des masses spatiales sur cinq, huit ou plus de canaux, et pour certains de ceux qui disposent de sorties multiples il est possible d'utiliser à leur place des modulations standards, plus complexes à utiliser mais souvent plus souples.

Contrôle intégré des masses spatiales

Sous la pression de l'expansion des formats "surround", les concepteurs et éditeurs d'instruments logiciels se sont mis récemment à intégrer, plus ou moins efficacement, des modules du type "panoramique surround" à l'architecture de leurs produits.
Quelques fois, sans rien changer à la conception du logiciel (CronoX 3), et d'autres fois en dépassant de loin les besoins des utilisateurs "normaux" (Kontakt).

L'intérêt de disposer d'un module de contrôle des intensités 2D est avant tout de simplifier la manipulation du site de la masse spatiale (autrement dit la "position" apparente) et d'apporter une représentation simplifiée de l'effet sonore qui peut être pratique lors du jeu instrumental ou de la programmation.

Si le principe est simple, il est rarement mis en œuvre d'une manière optimale. En fait, tout dépend de la place qu'occupent ces modules par rapport aux autres dans l'architecture du logiciel.

Effet "surround"

Dans ce cas, le module "surround" est situé en fin de la chaîne de synthèse ou d'échantillonnage, à la même place qu'un effet de type delai ou réverbération. L'ensemble de ce qui est produit par l'instrument peut être directement placé et déplacé sur les différentes sorties, qu'il s'agisse d'un "son simple" ou d'une multitude d'échantillons répartis sur le clavier.
L'avantage du procédé est qu'il est facile à utiliser et ne prend pas trop de ressources. Il est tout à fait adapté aux positionnements ponctuels et à la réalisation de profils spatials très dessinés.
L'inconvénient par contre est qu'il est impossible de réaliser des
masses spatiales complexes comportant des "sous-composantes" (voir l'attribut d'organisation de la masse spatiale). Par exemple, si je déclenche plusieurs "notes", elles seront toutes mélangées et formeront une masse spatiale ponctuelle, sans possibilité de les dissocier. Nous ne sommes encore pas si éloignés en fait de la séparation entre fichier audio et automation "surround" que l'on rencontre dans les logiciels multipistes.

(lociciels concernés : Kontakt 2 et CronoX 3)

 

"VCS"

Un "Voltage Controled Spatializer" polyphonique qui prendrait place au côté de nos VCO, VCF et VCA habituels (ou équivalents), toujours en fin de chaîne, permettrait une intégration plus poussée de la masse spatiale avec les autres paramètres de synthèse, de traitement et de modulation en général.
C'est ce que proposent certains
AcousModules ainsi qu'Absynth 3 (et d'une manière très différente CrusherX).
Dans ce cas, la vélocité, une enveloppe ou un LFO peuvent moduler séparément ou conjointement la vitesse du déplacement du
site* et de l'aire* de la masse, le filtrage, la hauteur ou la position d'une boucle, et ce différemment et simultanément pour chaque "note" jouée...

L'inconvénient d'une telle solution, c'est qu'elle consomme beaucoup plus de ressources CPU, ce qui peut représenter une limite avec des dispositifs de projections comportant de nombreux canaux. Seize notes sur un tel instrument monopoliseront à peu près seize fois plus de ressources que dans le cas précédent !

On peut également envisager des configurations où le module qui contrôle la masse spatiale se situe à un niveau différent, permettant le traitement du signal sortant par d'autres modules etc... Ce genre de configuration est essez facile à réaliser dans un environnement modulaire comme Reaktor, même si l'intérêt n'est finalement pas si évident que ça : trop de complexité peut finir par engendrer un brouillage perceptif.

(par soucis de simplification, j'ai repris ici le schéma la terminologie de la synthèse soustractive analogique, mais il va sans dire que le principe s'applique tout type de synthèse et de traitement du son)

 

Contrôle intégré des masses spatiales

ABSYNTH

 

 

CRONOX

 

 

 

CRUSHERX LIVE

 

 

HV-FORMANT

 

 

INDEPENDENCE

 

 

KONTAKT

 

 

 

PANO

 

 

SPATSAMPLERS

 

 

STRUCTURE

 

 

 

UVI FALCON

http://www.uvi.net/fr/software/falcon.html

 

 

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 

 

 
 

 

 
SPATSYNTH
 
catégorie
synthétiseur / échantillonneur

synthétiseur

synthétiseur granulaire

synthétiseur

lecteur d'échantillons

échantillonneur

synthétiseur

échantillonneurs
synthétiseur
échantillonneur
fonctionnement
autonome / plugin VSTi, DXi, AU
autonome / plugin VSTi, AU
autonome / plugin VSTi

VSTi

plugin

autonome et plugin VSTi, DXi, MAS, DirectConnect, AU, RTAS

AAX, VST

plugins VSTi
plugins VSTi
plugin RTAS uniquement
polyphonie maxi

 

 

 

 

 

512

 

selon le plugin
selon le plugin
 illimitée ou 32
multitimbralité (par instance)
16

 

1

 

 16

16

 

1
1
128 ou 8
sorties
8

6

10

6

 

16 / 32

 

5 à 44
5 / 8
8 + 62 ou 6
module surround
polyphonique, jusqu'à 8 canaux
monophonique, global
-

?

monophonique ?, jusqu'à 8.1
monophonique, jusqu'à 16 canaux

 

polyphonique, différents modes de contrôle des masses spatiales, jusqu'à 44 canaux
polyphonique, différents modes de contrôle des masses spatiales, jusqu'à 8 canaux
?
contrôleurs simultanés

 

 

tous

 

 

tous

 

tous
tous
 
modulations internes de la position

 

 

 

 

 

LFOs, EGs, StepMod,

 

selon le plugin
selon le plugin
?
échantillons en RAM / HD

RAM

RAM

RAM

 

 

RAM / HD (extension DFD)

 

RAM / HD selon le plugin
-
 

format des échantillons

mono

 mono

mono

 

 de mono à 9 canaux

de mono à 16 canaux

 

mono / stereo

-

jusqu'à 8 canaux
importation d'échantillons

 

 

Wave

 

 

Akaï, SoundFonts, Gigasampler, EXS24, Halion, Battery, LM4

 

Wave
-

 

caractéristiques

 

 

 

 

 

32 bits / 96 kHz

 

16 ou 24 bits / 48 khz
-

 

boucles

 

 

-

 

 

>, <, <>, 8 boucles par échantillon

 

>, <, <>
-

 

Sample start

 

 

-

 

 

toute modulation *

 

toute modulation
toute modulation

 

modulation des points de bouclage

 

 

-

 

 

début et fin

 

début et longueur
-

 

filtres types

 

 

 

 

jusqu'à 12 pôles !

14 types, jusqu'à 6 pôles

 

LP, HP, BP, Notch, 2 à 8 pôles
LP, HP, BP, Notch, 2 pôles

 

résonance

 

 

 

 

 

 

 

 oscillation
 oscillation

 

enveloppes

 

 

 

 

 

multi-segments, nombre illimité

 

ADSR
ADSR

 

synthèse
soustractive, FM, granulaire
soustractive, granulaire
granulaire

 

-

-

 

-
soustractive

 

autres fonctions

 

 

 

 

 

modes "pitch" et "time", suiveur d'enveloppe, step modulation

 

suiveur d'enveloppe et de pitch, disposition libre des enceintes
suiveur d'enveloppe et de pitch, disposition libre des enceintes

 

effets

 

 

 

 

 convolution

réverbe, chorus, delais, convolution...

 

-
delais, reverbe

 

éditeur
 Native Instruments
LinPlug
büro </stelkens>

ftec-audio

Yellow Tools
Native Instruments

Noise Maker

AcousModules
AcousModules
Digidesign
prix  
130 €
 139 €

69 €

500 €
399 €

 

 gratuit
 gratuit
160 / 500 €

 

 

Contrôle des masses spatiales à l'aide de modulations standards

Lorsque l'instrument ne dispose pas de module destiné au placement dynamique du son sur les différentes sorties audio, il est néanmoins généralement possible de l'affecter d'une manière statique, soit au niveau global de l'instrument, soit à un niveau plus élémentaire sous la forme de zones de clavier juxtaposées (splits) ou superposées (layers).
Ceci est tout à fait suffisant pour une organisation spatiale de type
espace cloisonné ou espace imbriqué (voir l'Organisation des canaux), mais pause de nombreux problèmes si l'on souhaite quand même réaliser des profils de masses spatiales, autrement dit des mouvements plus ou moins continus.

Contrôle direct des intensités

La plupart des instruments qui disposent de sorties multiples limitent l'envoi du son au niveau global de l'instrument. Dans l'optique d'une production stéréophonique, ceci permet un traitement externe par des plugins pour chaque "instrument" correspondant à un canal MIDI, mais est évidemment totalement inadapté à la modulation dynamique de ces sorties.

Par contre, si le signal issu des modules de synthèse ou de lecture d'échantillons peut être envoyé, via un système de bus, vers les différentes sorties, et si l'intensité de cet envoi peut être modulée par des contrôleurs MID
I et, si possible, par les sources de modulation internes (enveloppes, LFOs...), le procédé s'apparente à celui du "mode auxiliaires" que l'on utilisait dans les logiciels multipistes. C'est relativement simple à configurer dans le cadre d'un instrument mais pose les mêmes problèmes que pour les logiciels multipistes : celui du contrôle gestuel. Il faut en effet disposer d'autant de contrôleurs que d'intensités à moduler, ce qui le rend pratiquement inutilisable durant le jeu ou animable avec les sources de modulation internes... à moins de pouvoir traiter les messages MIDI avant qu'ils n'arrivent à l'instrument (voir l'exemple 4).

Utilisation de fonctions de transfert

Mais il est rare de disposer d'un tel système de routage du signal, et la plupart du temps, la seule solution consiste à dupliquer la source sonore ("partial", "layer" ou autre appellation) au sein d'un même instrument logique ("patch", instrument...), et de contrôler chaque amplitude ("VCA"...) au moyen de contrôleurs MIDI et/ou des modulations internes, selon des courbe de réponse particulières appliquées sur les modulations (fonctions de transfert) de manière à simuler les passages d'une sortie à l'autre.
Ce procédé s'apparente cette fois au "
mode pistes" des logiciels multipistes, et possède comme inconvénient d'être un peu fastidieux à mettre en place et de réduire la polyphonie disponible (par exemple, l'utilisation de huit "couches" divisera la polyphonie de l'appareil par huit...).
Il possède par contre un avantage qui est de pouvoir utiliser un nombre réduit de contrôleurs pour obtenir toutes sortes de modulations de
masses spatiales, y compris des modulation qui soient communes avec les autres paramètres de l'instrument et qui sont encore si rares dans ceux qui disposent de modules "surround" intégrés.

 

 

Fonctions de transfert par "layer"

Le premier schéma présente une configuration de contrôle de la masse spatiale sur huit canaux, où un seul contrôleur suffit pour obtenir simultanément des variations de site, d'aire et de densité (voir les attributs de la masse spatiale), selon une évolution pré-programmée.
Chaque échantillon d'un "layer" est routé vers une sortie de un à huit, et son intensité est contrôlée par l'intermédiaire de la fonction de transfert appliquée sur le contrôle d'intensité de ce "layer", tous les contrôles d'intensités étant affectés à la même source de modulation (courbes logarithmiques conseillées).
Il est possible d'obtenir d'autres types de contrôle de la masse spatiale du même échantillon en répartissant plusieurs zones sur le clavier (splits) et en répétant l'opération avec des courbes différentes (voir l'analyse des Formes et Couleurs de la Vie).

 

Le deuxième schéma représente une simplification du procédé précédent destinée avant tout au contrôle gestuel du site (la position apparente). Deux contrôleurs sont nécessaire cette fois-ci. Le "contrôleur A" pilote les intensités (toujours au moyen des fonctions de transfert sur quatre points) et le "contrôleur B" le panoramique.
Cette technique est parfaite pour une implantation en deux dimensions, mais on peut l'enrichir en ajoutant un troisième contrôleur qui, en utilisant une combinaison de filtres passe-haut et passe-bas, permet de contrôler une troisième dimension (le déplacement vertical).
Dans ce cas l'usage d'un joystick pour les déplacements horizontaux couplé à une pédale pour les déplacements verticaux est assez intuitif et permet de conserver une main et un pied (et une bouche, merci le Breath Controller Yamaha !) pour le jeu sur les autres paramètres...

 

 

Il est surprenant de voir aussi peu de logiciels dans cette catégorie... mais j'ai dû écarter un certains nombre qui, bien que disposant de sorties multiples, ne peuvent les affecter que d'une manière fixe à la sortie globale de patches multitimbraux, ou ne permettent même pas de contrôler les intensités.

Si vous connaissez et utilisez d'autres logiciels / plugins instruments susceptibles de figurer ici, merci de me le communiquer...

 

 

 

EMULATOR X / Studio
HALION
MACH FIVE

SHORTCIRCUIT

STRUCTURE

TASSMAN
catégorie

 échantillonneur

échantillonneur
échantillonneur
échantillonneur

échantillonneur

synthétiseur
fonctionnement
autonome et VST
plugin VST
autonome et plugin VSTi, MAS, RTAS, AU
plugin VST

RTAS

autonome et plugin VST, DX, AU
polyphonie maxi
?
256
non limitée...

?

 

?
polytimbralité (par instance)
?
16
16

16

 

16
sorties
12 (2 analog + 8 ADAT) / 16 (8 + 8)
18 (4 stéréo + 4 mono + 1 penta)
7.1 + ?

16

 

12
accès aux sorties
?
global et Keyzone
?

zone

 

programmable
fonction de transfert sur les modulations
?
courbes (contrôleurs uniquement)
?

(oui)

 

 
contrôleurs simultanés
?
4 assignables par patch, modulation, PB, AT
 

 

 

 
modulations internes des niveaux de sorties
?
2 LFO, 2 EG
?

 

 

 
échantillons en RAM / HD
RAM / HD
RAM / HD
 

 

 

 ...

format des échantillons

mono / stereo

mono / stereo / 5 canaux

mono / stereo / 5 canaux

mono / stereo

jusqu'à 8 canaux

 

importation d'échantillons
EOS, EIII, GigaSampler, Akai, HALion, EXS24, SoundFont 2.1, .WAV
Akaï, EXS24, Gigasampler, SoundFont, LM4
Akaï, Roland, Kurzweil, SampleCell, GigaSampler, Halion, EXS24

wav,

SampleCell, Kontakt 2, EXS24

 ...
caractéristiques
24 bits / 192 kHz
32 bits / 96 kHz
24 bits / 192 khz

 

24 bits / 192 khz
 ...
boucles
?
> et < seulement
?

toutes

 

 ...
Sample start
?
vélocité (max 1")
?

oui

 

 ...
modulation des points de bouclage
?
non...
?

oui

 

 ...
filtres types
50 ZPlane
HP / BP / LP / notch, 2 & 4 pôles
6 types

 

 

programmable
résonance
oui
oscillation
 

 

 

 
enveloppes
?
2
3

 

 

 
synthèse
?
non
?

non

 

programmable, modélisation physique
autres fonctions
?
...
?

 

 

 
effets
calculés en hardware
non
64 par performance

 

réverbération par convolution

14 effets
stabilité / ressources

 

bonne
??

 

 

 
éditeur
Creative
Steinberg
 MOTU

Vember Audio

Digidesign

Applied Acoustic Systems
prix
320 / 620 €
 
 ?

gratuit

?